Malcolm X (1925-1965)

Malcolm X (1925-1965)
Malcolm Little naît le 19 mai 1925 à Omaha, dans le Nebraska. Il est le septième enfant de la famille. Son père est un pasteur baptiste déjà très engagé dans le mouvement de libération des Noirs. Il est influencé par le leader noir panafricaniste, Marcus Garvey, qui exhortait les masses noires à retourner en Afrique.

L'enfance du petit Malcolm est difficile : son père est assassiné par une organisation suprémaciste blanche proche du Ku klux Klan dans des conditions épouvantables ( il fut poussé sous un tramway, son corps fut coupé en deux ). Sa mère, extrêmement marquée par la mort brutale de son mari, fait une dépression nerveuse quelques années plus tard, en 1939, et est internée dans un hôpital psychiatrique. Ses huit enfants sont séparés et envoyés dans différents foyers d'accueil et orphelinats.




Malcolm se révèle être un bon étudiant au lycée, mais perd son intérêt pour les études quand un de ses professeurs préférés lui dit que ses ambitions de devenir avocat sont "irréalistes pour un nègre". Il fait l'école buissonnière et passe quelques temps chez sa s½ur Ella à Boston où il effectue quelques petits boulots (cireur de chaussures, laveur d'assiettes...), puis déménage pour Harlem où il commence à commettre de petits délits. De 1942 à 1946, Malcolm est au centre de nombreux trafics (drogue, prostitution, paris clandestins...). Il repart pour Boston où lui et son compère "Shorty" Jarvis sont arrêtés pour cambriolage avec effraction et port d'armes illégal. La sentence est de huit à dix années de prison.

C'est le tournant de sa vie. En prison, il passe des journées et des nuits entières à lire des ½uvres littéraires, philosophiques, historiques et améliore sa formation, sa culture et son éducation. Par l'intermédiaire de son frère récemment converti à l'islam et membre de la "Nation de l'Islam", Malcolm entend parler pour la première fois des Black Muslims et de leur leader Elijah Muhammad. A sa sortie de prison, en 1952, après six années de prison (au lieu des huit à dix initialement prévues), il rencontre Muhammad, se débarrasse de son ancien nom "Little", qu'il considère comme un nom d'esclave, le remplace par "X", qui correspond au nom africain perdu des noirs d'Amérique, et devient "ministre" et porte parole de la
"Nation de l'Islam."



Il utilise les journaux, la radio et la télévision pour propager le message de la "Nation de l'islam" à travers les Etats-Unis. Son charisme, sa dialectique caustique, son sens de la provocation et de la rhétorique attirent de plus en plus de personnes. Il est en grande partie responsable du succès croissant du mouvement (500 membres en 1952, 30 000 en 1963). L'audience et la controverse qu'il déclenche attire les médias, et un week-end spécial lui est consacré en 1959, ce qui marque son émergence comme un des leaders de la communauté noire, et lui fait prendre conscience que sa célébrité a éclipsé celle de son mentor Elijah Muhammad.

Les tensions raciales augmentent au début des années soixante, et en plus des médias, Malcolm X attire l'attention du gouvernement américain et du FBI, qui infiltre le mouvement pour en surveiller les activités. En 1963, il apprend que Muhammad aurait eu 6 maîtresses au sein du mouvement, et plusieurs enfants adultérins.Il en est profondément déçu, et se demande s'il n'a pas mené les masses noires vers un mouvement frauduleux. Cependant, il est lui même contesté au sein du mouvement et accusé de s'occuper plus de l'argent et de sa côte de popularité que de la cause qu'il doit défendre.




La marche de Washington en 1963 le laisse sceptique. Il ne comprend pas comment les noirs sont "enthousiasmés par une manifestation dirigée par des blancs en face de la statue d'un président qui est mort depuis plus de 100 ans et qui n'appréciait pas les noirs de son vivant".

Ses déclarations à la suite de la mort de Kennedy (la violence de l'homme blanc a fini par se retourner contre lui, on récolte ce que l'on sème) lui valent des critiques et il est suspendu de son poste de porte parole de la "Nation de l'Islam" pendant 90 jours. Début 1964, il commence à travailler sur son autobiographie avec Alex Haley.En mars, il quitte le mouvement fondé par Elijah Muhammad et accompli un pèlerinage à la Mecque qui tempère son radicalisme, car il a l'occasion de rencontrer des gens d'origine diverses, y compris des blancs, réunis par l'islam. A la fin de son pèlerinage, sous le nom de Malik El Shabbaz, il entreprend plusieurs voyages en Afrique, qui le mèneront au Nigeria, Ghana, Liberia, Sénégal, Maroc et Algérie. Il y rencontre différents ambassadeurs, prend part à des réceptions et prononce plusieurs discours. Au Ghana, Malcolm X s'entretient avec Kwame Nkrumah (homme politique africain ayant contribué à la formation du Panafricanisme). Il replace le combat des noirs aux Etats-Unis dans le cadre plus vaste de la lutte de libération des peuples opprimés de l'Afrique et du tiers-monde.


A son retour aux Etats-Unis, ses relations avec la "Nation de l'Islam" continuent à se degrader. Il serait considéré comme homme à abattre. Après plusieurs tentatives d'assassinats commises à son encontre, il ne se déplace plus sans gardes du corps. Le 14 février 1965, un incendie criminel ravage sa maison, mais ne fait aucune victime.Le 21 février, alors qu'il s'apprête à prononcer un discours dans la salle des fêtes d'Audubon, à New-York, trois hommes armés, tous présumés membres de la "Nation de l'Islam" s'approchent de l'estrade et tirent à 15 reprises, ne laissant aucune chance à Malcolm X. Il est déclaré mort lors de son transport à l'hôpital.
A t-il été tué par "ses frères" ou les commanditaires étaient-ils bien plus puissants? Toujours est-il qu'il demeure avec Martin Luther
King l'un des leaders noirs les plus importants de l'histoire contemporaine.



A propos de Martin Luther King :

"Il a le prix Nobel de la paix, nous avons les problèmes. Nous suivons un général qui mène une bataille et l'ennemi a tendance à le récompenser et lui remettre des prix. Cela me rend soupçonneux. Particulièrement s'il reçoit un prix Nobel de la paix avant que la guerre ne soit terminée."

"Je ne dirai rien contre lui. Il fut une époque aux Etats-Unis où on le traitait d'extrêmiste, de raciste, et de communiste. Les Black Muslims sont arrivés, et les blancs ont remercié Dieu de l'existence de Martin Luther King."

"Je voudrais que le docteur King sache que je ne suis pas venu à Selma pour rendre sa tâche plus difficile. Je suis venu en pensant que je pourrais la rendre plus facile. Si les blancs réalisent quelle est l'alternative, peut-être écouteront-ils plus volontiers le docteur King."



Radical?

"Il n'y a pas de révolution pacifique (...). Il n'y a pas de révolution non-violente. La révolution est sanglante. La révolution est hostile. La révolution ne connaît pas de compromis. La révolution retourne et détruit tout ce qui se met en travers de son chemin. Si vous n'êtes pas prêts à user de la violence, alors effacez le mot révolution de vos dictionnaires !"

"Nous déclarons notre droit sur cette terre, à être des êtres humains, à être respectés en tant qu'êtres humains, à accéder aux droits des êtres humains dans cette société, sur cette terre, en ce jour, et nous comptons le mettre en oeuvre par tous les moyens nécessaires."

# Posté le dimanche 25 décembre 2005 15:44

Modifié le mardi 26 juin 2007 15:22

Martin Luther King (1929-1968)

Martin Luther King (1929-1968)
Martin Luther King Jr est né le 15 janvier 1929 à Memphis dans le Tennessee. Il est fils et petit fils de pasteur (son grand-père et son père seront pasteurs de l'Ebenezer Baptist Church à Atlanta).

A l'âge de 15 ans, en 1944, il entre à l'université, plus précisément au Morehouse College d'Atlanta, une célèbre université noire aux Etats-Unis. Il choisit la sociologie comme dominante. A l'obtention de son diplôme en 1948, il entre au "Crozer Theological Seminary" pour suivre des études de théologie devant lui permettre de devenir pasteur. Diplômé du séminaire Crozer en 1951 avec la moyenne la plus élevée de sa classe, il obtient une bourse qui lui permet d'entrer à l'université de Boston afin d'y obtenir un doctorat. Il y rencontre sa future femme Coretta Scott qui est étudiante au Conservatoire. Martin Luther King reçoit son doctorat théologie en 1955 et devient pasteur de l'église baptiste de Dexter Avenue à Montgomery en Alabama.

King est à cette période déjà membre du comité exécutif de la NAACP (National Association for the Advancement of Coloured People) et un fervent partisan de la lutte des Noirs pour les droits civiques.



A la même époque, une jeune femme noire du nom de Rosa Parks est arrêtée à Montgomery pour avoir refusé de céder sa place à un blanc, allant à l'encontre des lois ségrégationnistes existant en Alabama. Martin Luther King rejoint le cortège des personnes qui la soutiennent.En effet, en décembre 1955, il accepte de diriger ce qui constitue la première grande manifestation non violente de l'histoire contemporaine effectuée par des Noirs aux Etats-Unis. Les manifestations prennent la forme d'un boycott qui dure 382 jours. Le 21 décembre 1956, après que la cour suprême ait déclaré anticonstitutionnelle la ségrégation dans les bus, Noirs et Blancs peuvent prendre les bus en tant qu'égaux. Martin Luther King acquiert une notoriété nationale pour son rôle dans la campagne.

En 1957, Martin Luther King est élu président de la Southern Christian Leadership Conference, une organisation créée dans le but de donner de nouveaux leaders au Mouvement des droits civiques alors bouillonnant aux Etats-Unis. Influencé par la philsophie de Ghandi (qu'il a découverte au séminaire Crozer), King fonde fonde son action sur la non-violence et visite l'Inde en 1959. Il améliorera plus tard sa compréhension de la stratégie non violente de Ghandi.



En 11 ans, entre 1957 et 1968, Martin Luther King parcourt plus de 9 millions de kilomètres et s'exprime publiquement plus de 2500 fois, pour combattre l'injustice, organiser des actions de protestation et montrer le pouvoir de la non-violence. Au cours de la même période, il écrit également 5 livres et de nombreux articles. Il dirige les protestations massives de Birmingham en Alabama (mars 1963) qui attirent l'attention du Monde entier : les confrontations entre des manifestants noirs non armés et les policiers armés de lances à incendie et lâchant les chiens sur les manifestants font la une des journaux du monde entier. Il organise la marche de Washington le 28 août 1963. Elle rassemble plus de 250 000 personnes devant lesquelles il démontre ses talents d'orateur et de visionnaire en prononçant l'un des discours les plus célèbres de l'histoire, "I have a dream" : Je rêve du jour où mes 4 enfants ne seront plus jugés par la couleur de leur peau, mais par le contenu de leur personnalité. Il s'entretient avec Kennedy et fait campagne pour Lyndon Johnson

En 1963, King est élu homme de l'année par le Time Magazine. Il n'est plus seulement un leader noir, mais une figure mondiale à l'image de Ghandi qui l'a inspiré. En 1965, à l'âge de 35 ans, Martin Luther King devient le plus jeune lauréat du prix Nobel de la paix.



Cependant, le leadership de King sur le mouvement des droits civiques est contesté : le message d'un Malcolm X, plus agressif, prônant l'auto-défense et le nationalisme noir est plus attractif auprès d'une partie de la population noire que l'appel à la non-violence. Martin Luther King subit également les critiques d'un des dirigeants du Black Panther Party, Stokely Carmichael qui le juge trop peu radical.

King ne subit pas seulement des critiques de la part de "radicaux" noirs. J Edgar Hoover, le puissant directeur du FBI qui le déteste utilise tous les moyens fédéraux à sa disposition pour lui nuire (espionnage par des agents du FBI, tentatives de chantage, manipulations...). Les prises de position de Martin Luther King contre la guerre du Vietnam conduisent également à des relations tendues entre lui et l'administration Johnson.

A la fin de l'année 1967, King initie la "Poor People Campaign" qui doit mettre l'accent sur les problèmes économiques qui n'ont pas été abordés lors de la première phase de la lutte pour les droits civiques. Le 4 avril 1968, alors qu'il s'est rendu à Memphis afin de soutenir des grévistes, il est assassiné sur le balcon d'un Motel. Il est âgé de seulement 39 ans. Il avait la veille évoqué sa mort dans un de ses discours. Sa veuve sera accompagnée par tous les leaders des Etats-Unis (excepté Hoover, le patron du FBI qui fit la même chose qu'au lendemain de la mort de Kennedy : il alla jouer aux courses) lors des funérailles suivies par plus de 150 000 personnes.




Différentes hypothèses ont été émises au sujet de la mort de Martin Luther King. Toutefois, selon le journaliste Anthony Summers dans un livre au titre évocateur, ("Hoover, le plus grand salaud d'Amérique"), si aucune certitude ne permet d'impliquer directement le FBI, il est probable qu'il ait appris que King risquait d'être tué, mais n'ait rien fait pour empêcher l'assassinat.



En à peine 39 ans, Martin Luther King est devenu une des personnalités les plus marquantes du 20è siècle.

# Posté le dimanche 25 décembre 2005 15:50

Modifié le mardi 26 juin 2007 16:48

Rosa Parks (1913-2005)

Rosa Parks (1913-2005)
Le 1er Décembre 1955
Il s'agissait d'une journée de travail comme Rosa Parks en avait vécu des centaines dans sa vie, puisqu'elle était âgée de 42 ans déjà. Elle monte dans le bus, paie sa place. A cette époque, la règle était tragiquement simple. Les bus étaient divisés en trois parties :

L'avant était réservé aux blancs. Les noirs n'avaient même pas le droit de rester debout dans l'allée correspondante.
L'arrière était réservé aux noirs. Il n'y avait pas toujours de places assises
Une aile « charnière » était accessible aux blancs et aux noirs, mais un noir devait se lever dès qu'un blanc en avait besoin.

Pour rentrer dans le bus, les noirs payaient d'abord, descendaient, et remontaient par l'arrière. Il n'était pas rare que le chauffeur n'en ait cure et redémarre avant qu'ils ne soient tous montés, les laissant sur place.
Ce 1er Décembre 1955, Rosa Parks était assise dans l'aile « charnière », et contrairement aux autres passagers, elle a refusé de se lever quand des blancs ont eu besoin de s'asseoir. Elle était « fatiguée ». Mais contrairement à ce que dit la légende, elle n'était pas physiquement fatiguée, disons pas plus qu'un jour de travail ordinaire. Elle était fatiguée de subir ces traitements depuis des décennies, et a estimé qu'il y en avait assez. A cette époque, elle militait déjà dans des associations de défense des droits civiques.

Le chauffeur, qui l'avait déjà faite descendre d'un bus 12 ans plus tôt lui a renouvelé l'ordre de céder sa place. Elle a refusé. Il est devenu rouge de rage, est descendu, puis est revenu avec un policier qui a arrêté Rosa Parks.

Sans le savoir, il venait de donner une impulsion décisive au mouvement des droits civiques qui allait révéler au monde un nouveau leader pacifique...

Le procès et le boycott
Comme c'était la coutume à l'époque, Rosa Parks a été jugée coupable, et elle a été condamnée à payer une amende de 15 dollars.
Ce que la police n'avait pas prévu, c'est qu'un mouvement très fort se créerait autour d'elle. Très rapidement, il fut décidé de boycotter la compagnie de bus, jusqu'à ce qu'elle arrête ses pratiques ségrégationnistes.
Un jeune pasteur populaire fut choisi pour diriger la campagne de boycott, il s'agissait de Martin Luther King jr, qui n'était pas encore un leader mondialement connu.

La communauté noire, qui représentait 75% des clients de la compagnie de bus, s'est organisée de façon très solidaire. Certains n'ont pas hésité à marcher. Des taxis ont fait leur apparition, qui transportaient les gens pour 10 cents, prix pratiqué par la compagnie de bus.
Le boycott n'a pas été sans mal, puisque Martin Luther King et d'autres se sont fait molester alors qu'ils ne faisaient que se poster dans les rues pour voir les effets du boycott.
La maison de Martin Luther King a même été victime d'un attentat à la bombe, alors que sa femme Coretta Scott King et leur bébé de deux mois étaient à l'intérieur.


En apôtre de la non-violence, Martin Luther King a demandé à ses sympathisants de ne pas réagir violemment, et à continuer à se montrer pacifiques.

Pendant ce temps, la Cour Suprême a été interrogée sur la validité constitutionnelle de la condamnation de Rosa Parks, et Martin Luther King a continué à défendre les revendications de la communauté à la compagnie de bus :

Que les blancs et les noirs puissent s'asseoir de façon indifférente dans les bus
Les chauffeurs doivent être courtois à l'égard de tous les passagers
Des chauffeurs noirs doivent être engagés.

La compagnie a refusé, même si elle n'a pas tardé à ressentir les effets du boycott, puisqu'elle a été contrainte d'augmenter ses tarifs de 10 à 15 cents, ainsi qu'à diminuer le nombre de bus en circulation.

Le 13 Novembre 1956, la Cour Suprême a rendu son verdict : les lois ségrégationnistes de Montgoméry ont été déclarées illégales.
Après 382 jours de boycott, la communauté noire avait gagné son pari, et obtenu le droit à un traitement équitable dans les bus.


Une vie tournée vers les droits civiques
La victoire fut amère pour Rosa Parks qui a dû déménager vers Détroit dans le Michigan compte tenu des menaces qui pesaient sur elle.

Elle a naturellement participé à la marche de Washington de 1963 et à celle de Montgoméry en 1965.


Elle consacre énormément de temps à l'association Rosa and Raymond Parks Institute for Self Development (Raymond étant son défunt mari) qui offre à des jeunes des voyages en bus à travers les Etats-Unis afin qu'ils puissent découvrir l'histoire de leur pays, ainsi que l'histoire du mouvement pour les droits civiques.

Un film sur la vie de Rosa Parks a naturellement été tourné avec la talentueuse Angela Basset dans le rôle de Rosa Parks.

En 1999 elle a reçu des mains de Bill Clinton la médaille du congrès américain. Il s'agit de la plus haute distinction pouvant être décernée par le gouvernement américain.
Bill Clinton a notamment déclaré « de bien des façons, Rosa Parks a permis à l'Amérique de redevenir ce que nos pères-fondateurs avaient rêvé ».

Elle avait déjà reçu en 1996 la « Presidential Medail for Freedom ».

# Posté le dimanche 25 décembre 2005 16:25

Modifié le mardi 26 juin 2007 02:54

Cheikh Anta Diop (1923-1986) et l'Egypte "Nègre"

Cheikh Anta Diop (1923-1986) et l'Egypte "Nègre"
Cheikh Anta Diop naît en 1923 dans un petit village du Sénégal, Caytou. L'Afrique est sous la domination coloniale européenne qui a pris le relai de la traite négrière atlantique commencée au 16ème siècle. La violence dont l'Afrique est l'objet, n'est pas de nature exclusivement militaire, politique et économique. Théoriciens (Voltaire, Hume, Hegel, Gobineau, Lévy Bruhl, etc.) et institutions d'Europe (l'institut d'ethnologie de France créé en 1925 par L. Lévy Bruhl, par exemple), s'appliquent à légitimer au plan moral et philosophique l'infériorité intellectuelle décrétée du Nègre. La vision d'une Afrique anhistorique et atemporelle, dont les habitants, les Nègres, n'ont jamais été responsables, par définition, d'un seul fait de civilisation, s'impose désormais dans les écrits et s'ancre dans les consciences. L'Égypte est ainsi arbitrairement rattachée à l'Orient et au monde méditerranéen géographiquement, anthropologiquement, culturellement.

C'est donc dans un contexte singulièrement hostile et obscurantiste que Cheikh Anta Diop est conduit à remettre en cause, par une investigation scientifique méthodique, les fondements mêmes de la culture occidentale relatifs à la genèse de l'humanité et de la civilisation. La renaissance de l'Afrique, qui implique la restauration de la conscience historique, lui apparaît comme une tâche incontournable à laquelle il consacrera sa vie.


Le jeune Cheikh Anta Diop "risque par la mauvaise disposition de son professeur, M. Boyaud, de tripler sa troisième, ce qui motiverait sans aucun doute son renvoi du lycée. M. Boyaud est un singulier professeur, dont j'ai eu l'occasion, dès ses débuts au lycée, de signaler l'attitude hostile à notre race aux autorités. Ses théories sur la race, qui font de lui un disciple de Gobineau, sont des plus pernicieuses et font que le fossé se creuse chaque jour davantage entre le Blanc et le Noir..."

Cette lettre, rédigée en août 1941 par un des responsables administratifs du lycée Van Vollenhoven de Dakar, est adressée à l'inspecteur général de l'enseignement en Afrique occidentale française (AOF). Le Sénégal n'existe pas encore, et le climat qui règne alors dans les milieux de l'enseignement comme dans ceux de la recherche universitaire est fortement teinté de colonialisme et de racisme anti-noir.

Cheikh Anta Diop va prendre le contre-pied théorique de ce milieu solidement établi dans l'enceinte même de l'université française. D'abord par la présentation de sa thèse, qui sera refusée, ensuite par la publication de Nations nègres et culture en 1954.


Le livre sonne comme un coup de tonnerre dans le ciel tranquille de l'establishment intellectuel : l'auteur y fait la démonstration que la civilisation de l'Egypte ancienne était négro-africaine, justifiant les objectifs de sa recherche en ces termes :
"L'explication de l'origine d'une civilisation africaine n'est logique et acceptable, n'est sérieuse, objective et scientifique, que si l'on aboutit, par un biais quelconque, à ce Blanc mythique dont on ne se soucie point de justifier l'arrivée et l'installation dans ces régions. On comprend aisément comment les savants devaient être conduits au bout de leur raisonnement, de leurs déductions logiques et dialectiques, à la notion de "Blancs à la peau noire", très répandue dans les milieux des spécialistes de l'Europe. De tels systèmes sont évidemment sans lendemain, en ce sens qu'ils manquent totalement de base réelle. Ils ne s'expliquent que par la passion qui ronge leurs auteurs, laquelle transparaît sous les apparences d'objectivité et de sérénité."

Si l'ouvrage dérange les gardiens du temple, c'est non seulement parce que Cheikh Anta Diop propose une "décolonisation" de l'histoire africaine, mais aussi parce que le livre fonde une "Histoire" africaine et se tient aux frontières de l'engagement politique, analysant l'identification des grands courants migratoires et la formation des ethnies ; la délimitation de l'aire culturelle du monde noir, qui s'étend jusqu'en Asie occidentale, dans la vallée de l'Indus ; la démonstration de l'aptitude des langues africaines à supporter la pensée scientifique et philosophique et, partant, la première transcription africaine non ethnographique de ces langues...
Lors de sa parution, le livre semble si révolutionnaire que très peu d'intellectuels africains osent y adhérer. Seul Aimé Césaire s'enthousiasme, dans le Discours sur le colonialisme, évoquant "le livre le plus audacieux qu'un nègre ait jamais écrit ". Aussi faut-il attendre vingt ans pour qu'une grande partie de ses théories se trouve confortée, à la suite du colloque international du Caire de 1974, organisé sous l'égide de l'Unesco et réunissant parmi les plus éminents égyptologues du monde entier.

Et plus de vingt autres années pour qu'il soit pris acte de son oeuvre après sa disparition. Certaines idées de Cheikh Anta Diop, principalement l'historicité des sociétés africaines, l'antériorité de l'Afrique et l'africanité de l'Egypte, ne sont plus discutées.



Mais, à côté de cette "entente cordiale", la controverse porte sur trois points majeurs : on lui reproche son égypto- centrisme, l'importance qu'il accorde à la notion de race et la trop grande influence de son combat politique sur ses théories scientifiques. Bref, son oeuvre resterait trop empreinte d'idéologie. Même s'il est bon de rappeler, comme le fait M. Aboubacry Moussa Lam, professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de l'université de Dakar, que "Cheikh Anta Diop n'a pas choisi son terrain de combat : il n'a fait que répondre aux débats de son époque".

Bien qu'il ne puisse contester les idées de l'intellectuel sur l'origine africaine de l'humanité, M. Pathé Diagne, linguiste-éditeur, ne "partage plus aujourd'hui son égypto-centrisme. Avec le recul, c'est un peu comme s'il ne s'était pas trompé sur l'Egypte mais n'avait étudié que l'Egypte". Un point de vue partagé par M. Amady Aly Dieng, enseignant et ancien compagnon de route de Cheikh Anta Diop : "Comme Senghor, et c'est peut-être là leur seul point de rencontre, il demeure méditerranéo-centriste dans son approche de l'histoire africaine. Mettant au centre la Grèce pour le premier, l'Egypte pour le second. Et s'il ne développe pas de vision atlantiste, c'est par souci de toujours valoriser la culture noire. C'est pourquoi il passe la traite négrière sous silence."

Une critique que l'on retrouve chez Ibrahima Thioub, historien moderne : « Même si la traite et la colonisation ne représentent qu'une seconde au regard de l'histoire égyptienne, il est impossible de faire l'impasse sur elles. C'est aussi notre histoire et notre actualité à nous, Sénégalais et Africains. Voilà pourquoi je le soupçonne d'avoir accordé trop de poids à l'Egypte, en toute bonne foi, sans s'en être rendu compte. »


Sur un autre plan, si la division de l'humanité en races et le fondement de la distinction Blanc-Noir sont considérés comme relevant d'une raciologie ancienne réfutée par les développements de la génétique, on peut se demander dans quelle mesure il y a lieu de reprocher à Cheikh Anta Diop d'utiliser la terminologie de son époque. M. Alain Froment, anthropologue à l'Orstom, explique que le physicien « est longtemps demeuré résolument fidèle au découpage racial qui avait cours dans la première moitié du XXe siècle et que la génétique a pratiquement démantelé depuis ». Ne donne-t-il pas lui-même, pour signifier ces découvertes de la génétique, les dates de 1982 et 1984, soit quatre et deux ans avant le décès de Cheikh Anta Diop, donc longtemps après la parution de ses principaux ouvrages ?

Comme l'ont montré MM. Mamadou Diouf et Mohamed Mbodj, deux intellectuels sénégalais : "On aurait pu admettre l'accusation de racisme (...) si les dommages subis au nom de la "race" se retrouvaient de manière égale de part et d'autre, ce qui n'est bien évidemment pas le cas. De plus, ce "racisme noir" n'aurait trouvé sa valeur que s'il avait pu créer un complexe de culpabilité chez les Européens, ce qui n'est pas le but de Cheikh Anta Diop. Pas plus qu'il ne cherche à conforter une croyance populaire ; il écrit pour une élite déjà fortement convaincue de l'égalité de l'espèce humaine."

C'est pourquoi, s'il demeure incontestable qu'il a utilisé les mêmes armes que ses « adversaires scientifiques », on peut difficilement accuser Cheikh Anta Diop de racisme. Les témoignages sont unanimes pour le présenter comme une grande figure de l'humanisme : « Le problème, explique-t-il dans son intervention au colloque d'Athènes de l'Unesco, en 1981, est de rééduquer notre perception de l'être humain, pour qu'elle se détache de l'apparence raciale et se polarise sur l'humain débarrassé de toutes coordonnées ethniques. » « Je n'aime pas employer la notion de race (qui n'existe pas) (...). On ne doit pas y attacher une importance obsessionnelle. C'est le hasard de l'évolution. »

Reste l'influence du militantisme politique sur le discours scientifique (voir l'encadré ci-contre). A une époque où les jeunes intellectuels africains, déçus par le concept de négritude, cherchent une idéologie noire et militante de substitution, pour Cheikh Anta Diop, l'une des conditions d'un fédéralisme continental passe par la conscience. En redonnant une histoire, une conscience historique aux Africains, il souhaite surtout rétablir leur dignité. Qui pourrait lui reprocher une telle démarche, tant les idéologies qu'il combattait semblent tenaces ?

En fait, Cheikh Anta Diop rêvait secrètement d'une synthèse entre ancrage et métissage culturels. « La plénitude culturelle ne peut que rendre un peuple plus apte à contribuer au progrès général de l'humanité et à se rapprocher des autres peuples en connaissance de cause. »
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# Posté le dimanche 25 décembre 2005 17:23

Modifié le mardi 26 juin 2007 17:13

Toussaint Louverture (1743?-1803)

Toussaint Louverture (1743?-1803)
Le 18 novembre 1803, ce qui reste de l'armée française capitule devant les anciens esclaves. La colonie française de St-Domingue va devenir le 1er Etat noir indépendant le 1er janvier 1804 sous le nom de Haïti. St-Domingue est une partie de l'île d'Hispanolia, "découverte" (l'île est habitée quand Colomb la "découvre") par Christophe Colomb le 6 décembre 1492. Dès 1502, les premiers esclaves africains sont amenés pour remplacer les premiers habitants indiens de l'île victimes du travail forcé, de la colonisation européenne, des maladies.
En 1697, par le traité de Ryswick, l'Espagne cède une partie d'Hispanolia à la France. Saint-Domingue devient la plus prospère des colonies françaises de l'époque grâce à ses plantations de sucre et ses esclaves. Un peu avant la révolution française, St Domingue compte près de 600 000 habitants dont 500 000 sont des esclaves.

Les grands blancs qui possèdent tous les privilèges, présentent leurs doléances lors des états généraux français. Les affranchis sont des mulâtres, des anciens esclaves libérés ou des Noirs libres, et n'ont pas l'égalité civique, mais ils la revendiquent au nom de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Enfin les esclaves composent la 3è classe sociale et veulent obtenir la liberté et l'égalité. La situation est tendue et les révoltes sont nombreuses. Le 8/3/1790, l'assemblée française reconnaît les droits des affranchis, et les colons effrayés, menacent de se proclamer indépendant ou de s'allier à l'Angleterre. A St-Domingue, la situation se dégrade et un esclave prêtre vaudou prénommé Bockman, déclenche le 22 août 1791 une insurrection qui se répand dans toute l'île. Les espagnols et les anglais attaquent les positions françaises. l'île s'embrase.
Le 29 août 1793, un ex-esclave du nom de Toussaint Louverture publie un manifeste : "Je suis Toussaint Louverture,mon nom s'est peut-être fait connaître jusqu'à vous. Je veux que la liberté et l'égalité règnent à St-Domingue. Je travaille à les faire exister. Unissez-vous à nous, frères, et combattez avec nous pour la même cause". Toussaint assisté de ses lieutenants Dessaline et Christophe ne tarde pas à devenir incontournable et s'empare de la plus grande partie de l'île et conquiert même la partie espagnole. Face à la révolte des esclaves, les commissaires de la république française Sonthonax et Polverel se résignent à proclamer la liberté des esclaves. (29 août 93, 4 septembre 93). La convention généralise ces décisions en abolissant l'esclavage dans les colonies françaises. (4 fevrier 1794).

Les planteurs mécontents font appel aux anglais. 7500 soldats venus de Jamaique débarquent en mai 1794 et s'emparent de Port au Prince, la capitale d'Haiti. Toussaint Louverture décide de s'allier avec les français et intervient avec ses troupes aux côtés du général Labeaux. Il est nommé général de division par la convention en août 1794. Les anglais sont bientôt battus. En octobre 1798, il reçoit la reddition au nom de la république française, puis prend en main le gouvernement de l'île. En août 1801, le libérateur de St-Domingue proclame l'autonomie de l'île et se proclame gouverneur à vie de la nouvelle république.

Ces décisions n'enchantent guère Napoléon qui gouverne la France avec le titre de 1er consul. Napoléon veut rétablir l'esclavage, et est encouragé par Joséphine, originaire de la Martinique, et par les planteurs. Il veut également rétablir l'autorité française à St-Domingue par la force. En février 1802, 23 000 hommes arrivent sous le commandement du général Leclerc, puis en mai 1802, 3 500 hommes supplémentaires arrivent sous le commandement du général Antoine Richepance.

Les combats sont féroces dans l'île et les troupes envoyées par Napoléon n'arrivent pas à triompher de Toussaint. Puisque le combat loyal ne suffit pas, d'autres méthodes seront utilisées. Leclerc écrit une lettre à Toussaint dans laquelle il invite ce dernier à le rejoindre car le sujet qu'ils doivent aborder est impossible à traiter autrement que lors d'une rencontre en tête à tête. Toussaint est prévenu par plusieurs personnes que Leclerc lui tend en fait un piège.

Il décide néanmoins de se rendre au rendez-vous (7 juin 1802). A peine est-il arrivé qu'il est arrêté par traîtrise. Il quitte l'île prisonnier à bord d'un bateau prénommé, ironie du sort, "le héros"! Il est enfermé sans jugement dans le fort de Joux dans le Juras où il décède le 7 avril 1803. Peu auparavant, le 2 novembre 1802, Charles Leclerc est lui-même mort victime de la fièvre jaune... comme la grande majorité de ses soldats.

Un nouveau renfort de 10.000 hommes est expédié à Haïti sous le commandement du vicomte Donatien de Rochambeau (fils du commandant du corps expéditionnaire français dans la guerre d'Indépendance des États-Unis) qui s'illustrera par les atrocités commises sur les populations noires (1). Rochambeau n'obtient pas de meilleur résultat. Ses troupes épuisées sont défaites le 18 novembre 1803 en un lieu dit Vertières et il doit se rendre le jour même au successeur de Toussaint Louverture, le général Jacques Dessalines.




Les garnisons françaises de l'île capitulent les unes après les autres et l'ancienne colonie proclame son indépendance le 1er janvier 1804. Elle reprend le nom de Haïti que donnaient à l'île ses premiers habitants amérindiens. C'est la naissance d'un Etat noir en Amérique, issu d'une colonie esclavagiste européenne et qui s'est libéré par ses propres forces. L'indépendance d' Haïti ne sera pourtant reconnue que près de 20 ans plus tard par la France. En effet, les ex-colons de St-Domingue, s'estimant lésés par la perte de leurs esclaves, réussiront à obtenir de la France une indeminisation de la part d'Haïti.

"A Paris, le 17 avril 1825, Charles, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre voulant pourvoir à ce que réclament l'intérêt du commerce français et les malheurs des anciens colons de St-Domingue (...) les habitants actuels de la partie français de St-Domingue verseront à la Caisse générale des Dépôts de consignation de France (...) la somme de 150 millions de francs, destinée à dédommager les anciens colons qui réclameront une indemnité". Charles X se décide à reconnaître l'indépendance de l'ex colonie en 1825 en échange d'une indemnité de 150 millions de francs. Les ex-esclavagistes seront donc indemnisés par les ex-esclaves(!) Les Haïtiens vont acquitter les échéances de ces indemnités jusqu'en 1938 et l'Etat haïtien contractera un emprunt pour payer lesdites indemnités, ce qui ne fut peut-être pas sans conséquence sur le développement de l'île.

(1) Rochambeau fera par exemple venir à Haiti 600 bouledogues dressés à manger des Noirs. Ces chiens avaient été dressés par les colons espagnols de La Havane pour s'attaquer aux Noirs. Au lieu d'eau, ces chiens buvaient du sang et se nourrissaient de chair (...) Le général Ramel reçut, le 15 germinal 1803 (5 avril 1803), à la Tortue où il se trouvait, une lettre du Général Rochambeau ainsi libellée : je vous envoie, mon cher commandant, un détachement de cent cinquante hommes de la garde nationale du Cap, commandé par M.Barri, il est suivi de 28 chiens bouledogues (...) je ne dois pas vous laisser ignorer qu'il ne vous sera passé en compte aucune ration, ni dépense pour la nourriture des chiens. Vous devez leur donner des Nègres à manger. Je vous salue affectueusement. Signé : Rochambeau

Le général Ramel ajoutera que Rochambeau trouvait très déplacée sa répugnance à se servir des chiens : "je ne pus jamais lui faire entendre raison".

(1) cité par Rosa Amelia Plumelle Uribé, la férocité blanche, des Non-blancs aux Non-aryens. Editions Albin Michel, 2001

# Posté le mardi 27 décembre 2005 10:56

Modifié le mardi 26 juin 2007 02:53